Le bruit du silence est assourdissant - mon expérience de vipassana, épisode 1

10 jours dans le silence, ou comment j'ai fait l'expérience des sensations. Le récit de mon premier Vipassana, entre poèmes et introspection.
J'aime beaucoup lire, mais j'aime aussi beaucoup écrire.
Alors quand je suis rentrée de mon premier Vipassana, j'ai eu besoin de mettre des mots sur cette expérience si difficile à raconter. Quand je n'étais pas en train de méditer (quasiment 10 h par jour), je passais souvent mon temps à marcher. Et dans cette autre forme de méditation, j'avais des bribes de poèmes qui faisaient leur apparition. Je n'avais pas de quoi les noter, alors j'ai essayé de les stocker dans un coin de ma tête. Et quand je suis rentrée, je les ai posés.
Et le silence ?
10 jours dans le silence.
Sans connexion aucune avec le monde extérieur.
Sans interaction aucune avec les personnes présentes avec vous.
Sans distraction aucune : ni lecture, ni écriture, ni musique, ni dessin.
Mais il ne s'agit pas de ce qui va vous manquer.
Il s'agit de tout ce dont cela va vous remplir.
Laisser venir.
De tout ce que vous allez voir partir.
Vous délester.
Il s'agit d'une rencontre avec son intériorité.
Une traversée lente et progressive à passer.
Une exploration profonde et sinueuse à mener.
Une opération précise et délicate à effectuer.
Être le seul maître à bord.
Avec pour seule boussole, la respiration.
Avec pour meilleur partenaire, votre corps.
Ne faire qu'un dans l'abnégation.
Faire l'expérience de la matière.
Tel un alchimiste, la transformer.
La décalcifier. La fluidifier. La remodeler.
S'aventurer dans un espace tentaculaire.
Faire bouger la structure.
Tel un architecte, la refaçonner.
Faire l'inventaire de la moindre fêlure.
La réparer. La libérer. La soulager.
Méditer.
S'ancrer dans une réalité.
Celle de l'impermanence.
Où rien n'est une évidence.
Où tout est changement.
Où rien ne dure.
Où rien n'est sûr.
Où tout est pur.
Observer ses sensations,
Rencontrer la peur. Ressentir la torpeur.
Observer ses sensations.
Les passer au crible de l'équanimité.
Observer ses sensations,
Avec ferme détermination
Sans aversion.
Sans avidité.
Puisque rien ne va durer.
Observer ses sensations, et vouloir hurler.
Rencontrer le découragement. Ignorer les doutes. Saluer l'incertitude.
Et sur la voie de la respiration, comprendre l'allégorie de la vie, ses vicissitudes.
Observer ses sensations, et s'ancrer.
Faire taire l'agitation. Jouer avec le flow. Ranger l'ego.
Et sur la voie de la souffrance, comprendre qu'après l'agitation vient la libération.
Un véritable cadeau.
Sur cette voie tout s'éclaire.
Tout se vit avec attention et compassion.
Tout se pense avec sagesse et justesse.
Plus qu'un éveil, un réveil.
À contre-courant de l'ignorance,
Le chemin de la connaissance.
Une expérience si personnelle, et si universelle.
Le silence fait du bruit. Et il est assourdissant.
On pourrait croire que le silence est pesant.
Mais il ouvre les portes du temps.
Il aiguise les pensées, les emmène loin devant.
Le silence est une présence.
Il est enveloppant.
Le silence fait un bruit assourdissant.
Celui de nos ventres, qui hurlent de digérer nos maux, nos peurs et nos souffrances.
Celui de nos corps, qui font leur devoir de mémoire, y vont de leurs réminiscences.
Le silence fait le compte des impacts,
il est libre d'aller où il veut.
Le silence est un pacte,
celui d'être victorieux.
Vipassana, août 2025
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